Forme et contenu

Je vais parvenir sous peu à un passage du Structuralisme de Piaget où il évoque l’emboîtement des structures. Je ne veux pas ralentir la lecture du texte par mes commentaires sur ce point, je les mettrai donc ici.

Une structure délimite la forme de son contenu, ce même contenu servant à son tour de forme pour le contenu  » du dessous ».

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Le « entre  » transcende les catégories

Ceci qui pourrait passer pour une évidence, ou une tautologie mérite pourtant explication. Je vais m’intéresser ici aux mêmes rubriques que dans l‘article précédent.

https://formesens.wordpress.com/2018/04/26/jeu-de-regles-et-regle-du-jeu-meta-entre/

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Jeu de règles et règle du jeu (meta-entre)

Voici une image d’un lieu bien réel, extraite d’une vision que vous n’auriez peut-être pas remarquée en situation.

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J’ai songé à utiliser cette image pour illustrer le propos suivant. Il n’y a pas plus de règles de formation du langage que de règles du jeu. Il appartient à d’autres de dire si c’est plutôt du jeu de l’Oie ou du jeu de Bridge.

Ne serait-ce que par exemple le droit. Je peux poser mon pion à côté du serpent du jeu de l’Oie. Physiquement je peux le faire, mais cela ne signifie rien. Je n’entre pas dans le jeu.

Ainsi je peux aligner des mots comme bon me semble, personne n’en tiendra compte. Sauf, me dira-t-on avec justesse, les poètes.

Autre similitude : On hérite des règles. En fait, comme disait je ne sais plus qui, on les déduit avant de les apprendre. Le savoir implicite est formalisé en savoir explicite par l’école.

Mais ce qu’on apprend sûrement pas, c’est cette sorte de « compétence » qui consisterait à apprendre à former les règles du Bridge. On hérite de la jouabilité du Bridge, parce que ses règles ont été peaufinées avec le temps. Elles sont peut-être encore en évolution.

A propos de forme, je me pose une question depuis que j’ai vu quelques films dits du « neo-réalisme italien ». Dans cette période de profond remaniement social que traverse l’Italie, une donnée est particulièrement visée par ces films : la façon dont la libération de la femme, sur le plan social (matrimonial notamment) et matériel (financier) impacte les conventions de leurs rapports amoureux.

Prenons Le fanfaron. Toute la scène dans la maison de famille de Trintignant dépeint les relations « à l’ancienne », contre la seconde partie du film, où la fille de Gassmann choisit la sécurité financière avec un vieux, contre le mariage.

Dans La corruption, la femme est secrétaire, chanteuse ou pute privée, mais toujours dépendante de l’argent de l’homme, comme l’est Claudia dans La fille à la valise.

Dans ce dernier, comme dans Eté violent, et c’est ce qui m’amène à mon propos, il y a un homme trop jeune pour tenir le rôle de compagnon. L’amour pourrait naître, mais le garçon ne peut pas prendre la place  de l’homme.

Nous voilà arrivés à une notion topologique. Qu’on trouve également formalisée dans Le Fanfaron. En fait, lorsque Gassmann retrouve son ex-femme, se crée en face de Trintignant un vide, une place vide, une case où il faut une femme.

Lorsque la fille arrive, pourvue de son papa-gâteau, les espoirs de Trintignant s’envolent et il commence à repenser à son amie. Mais l’important est ce pattern de cases vides : En face d’un homme il faut une femme pour le sexe et pour… En face de la femme, il faut un homme pour l’entretenir et pour… (1)

Si une case se libère, une personne doit venir la combler.

Et si une personne est trop proche de cette case vide, elle sera invariablement attirée, aspirée par ce vide topologique.

Ce qui me conduit à une hypothèse, c’est que ce n’est pas le sens qui serait topologique, mais les rapports entre les gens. Ce serait un donc un « meta-entre » que ces rapports verraient exprimé à travers le langage. Le sens qui est inféré du rapport entre les mots servirait à décrire la nature des relations entre les gens.

Cela a déjà l’avantage de laisser la place aux notions de contexte, qui sont bien deux : la première le contexte du texte lui-même, une syntaxe à impact distant, des points de capiton « à la Proust », qui font que si de la tante du héros dont il s’agit, il faudra bien dire à son propos un « elle », sans parler des autres contraintes encore plus lâches, et la seconde le contexte « entre les gens ». Soit qu’il s’agisse des personnages dans le cadre des textes de fiction, soit des vrais interlocuteurs en chair et en os.

Un professeur s’adressant à un public exclusivement masculin leur dira par exemple  » Je vais vous parler d’elle », parce qu’il parle de la tante de Proust, en l’occurrence un personnage, et de nulle autre femme visée par un « elle », à plusieurs personnes (eux). On voit bien que la syntaxe est impactée par un double contexte.

 

Voici donc l’image :

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Ce qu’illustre cette image, c’est qu’il n’y a pas de rapport entre la photo du banc et les motifs muraux, autre que celui de la lumière. Ils sont en système avec mon œil, et cette image n’a aucune « règle de formation », pas plus que l’ensemble. Ils sont en système, c’est tout ce qu’on peut en dire. Si je vous donne ces deux images plus celle d’un palmier et que je vous demande d’écarter l’intruse, on peut être juste, ou exact, en ne rassemblant que ces deux là (2).

Mais elles n’ont aucune sorte d’ « explication » qu’on trouverait dans d’hypothétiques « règles de formation » du langage.

Il y a en revanche une dimension cruciale de ces règles du jeu, qui est la cohérence. La jouabilité dépend en grande partie de ce critère. La cohérence s’établit avec le temps, et elle est si difficile à obtenir qu’on voit en maint point qu’elle manque encore dans les langues actuelles.

Le problème de la cohérence est celui qui se pose à vous lorsque vous voulez peindre un drapé. Même si vous connaissez parfaitement les règles de représentation d’un pli, à savoir que ses côtés sombre et lumineux s’opposent par de telles teintes, vous aurez une difficulté extrême à imaginer un drapé qui ait l’air vrai.

C’est pour cela que les meilleurs peintres ont besoin du motif, d’un modèle, ou a minima d’un croquis qui donne ces indications.  Le « naturel » est difficile à atteindre, qu’il ‘agisse de nuages, de vagues…

La différence avec un drapé réside dans le fait que les plis dépendent en grande partie des points d’accroche et de la souplesse du tissu, ou plus exactement encore de son « tombé », qui relie les deux pour former les plis.

Il y a donc bien des règles de formation pour le drapé, mais elles sont déjà si complexes que le résultat est imprévisible.

 

(1) Je me repose toujours la question, à voir des films comme L’innocent (Visconti) : Qu’est-ce qu’il pourrait donner à l’une ce dont l’autre serait vraiment jalouse ? Du temps, de l’argent, des signes d’amour, de l’ostentation en société ? Je ne sais pas.

(2) Le point n’est pas innocent, et je ne plaisante qu’à moitié en disant qu’on trouverait bien un palmier dans les ombres de ce banc. Mais c’est vraiment une autre histoire.

Piaget Structuralisme XXVI linguistique.

Suite à cet article, je voudrais m’attarder un instant sur ce fait qu’à la fin de la page 79, Piaget différencie d’une part le sourd-muet qui n’a pas le langage par déficit des organes moteurs, mais possède la  » fonction sémiotique « , c’est à dire la capacité à manipuler les structures opératoires, de l’autre part le sourd-muet privé de langage par absence des structures cérébrales nécessaires.

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Les murailles de la Cité

Les murs de l’inconnu, pour le dire autrement. Article faisant suite à celui-ci d’une part et celui-là d’autre part.

Je ne sais à quelle chose invisible je me heurte, mais je sais qu’il s’agit de la même chose. La Cité des Sables, invisible au milieu du désert, mais dont on sait qu’elle est derrière ces murailles de verre auxquelles on s’appuie.

Non content de cela, je vais continuer dans cette voie. Perseverare diabolicum, je vais prendre Claudia Cardinale comme modèle de vertu, et ce par deux angles. Le premier regarde Claudia regardant les autres et l’inverse, puis le second regardant ce que je dis d’elle.

Première considération, donc, il faut remarquer que son personnage dans la Fille à la Valise ne cesse de recevoir de l’argent de la part des hommes. Ce qui la place dans une situation difficile. En effet, Aïda souhaiterait avoir en face d’elle deux types d’hommes : un patron, qui lui donne de l’argent en échange de son travail, et un amant, qui lui donne de l’amour, et à qui elle donne sa vie, et éventuellement son corps.

Hélas, à part l’exception notable du jeune Lorenzo, les hommes ne se présentent à elle que sous un seul et même type, confondant un peu les deux précédents : celui qui lui donne de l’argent en échange de son corps et ne souhaite plus trop s’en encombrer par la suite, quitte à l’abandonner enceinte, air connu.

Donc Aïda regarde à l’endroit où elle aimerait voir un homme et n’y trouve personne (que Lorenzo, qui n’en est pas encore un pour elle), et regarde les hommes qui l’entourent et ne sont pourtant, pour être proches, jamais à la bonne place.

Seconde considération, parlons maintenant non plus entre personnages, mais entre spectateurs.  Si je dis « Pour moi, Claudia Cardinale est l’incarnation, non pas de la  Beauté, mais de la féminité », cela passera beaucoup mieux que : « Pour moi, Claudia Cardinal est l’incarnation de la  Beauté ».

Quant à « Pour moi, Claudia Cardinale est l’incarnation de la féminité », il est vraisemblable que cela passe aussi très bien. Pourquoi ? Parce qu’on admettra que la féminité relève de votre goût personnel, en tout cas plus que la Beauté, qui est vu comme « un concept devant faire consensus »…

L’un des concepts est considéré comme relevant du privé, on vous concède une part du droit de définition du concept. Vous contribuez par votre vote à en déplacer le centre de gravité. Pour  » Beauté », c’est déjà moins vrai. La chose étant publique, et même précédée d’un « pour moi », personne ne saurait incarner la Beauté, c’est déjà trop s’approprier le concept, disons intuitu personae.

D’autre part, pour cette seconde considération, nous avons un propos qui n’atteint pas Claudia. Disons que j’étends la main vers sa version 2D (je sais…) pour illustrer un mot que j’emploie. Je rafle son image sans toucher à la personne. Et je pose cette image dans un discours, qui, éventuellement, trouvera un symétrique (tel spectateur m’ayant entendu, voyant un film avec Claudia et se disant « Ah, c’est donc cela qu’on appelle « féminité »). J’ai déjà beaucoup discuté de cet aspect.

Bien. Donc quoi pour aller plus loin aujourd’hui ? C’est que dans les deux considérations, on voit que le discours s’empare d’absences, d’images en des lieux où les êtres vivants, qu’ils soient personnages ou spectateurs, attendent des êtres, leurs pairs.

« Attendent » est trop fort, je l’ai gardé pour la symétrie de la formule. Il est non seulement trop fort, mais presque paradoxal. Pour le reformuler : « Ce que je dis des êtres ne fonctionne qu’à condition que ce fonctionnement ce situe dans un espace de convention ».

Ou encore : Je disais que le langage n’a pas vocation à viser le réel, je dis maintenant qu’il n’a pas même prétention à le faire. Au contraire, nous savons qu’il ne fonctionne que s’il vise un ersatz, un avatar, une image de la chose.

Et c’est là que je rejoins le celer/déceler de Heidegger. Limage apparaît quand l’être s’efface, comme la lune se lève quand le soleil se couche. Ce que nous disons « être » par et avec le verbe, par le moyen de ce verbe-être, ce que nous disons n’est plus l’être, ce que nous visons n’est plus l’être, mais une image que nous savons être une image, et donc nous avons besoin, pour les besoins de la cause, la cause étant bien sûr la chose que j’en dis.

Le prédicat a besoin pour fonctionner d’un thème qui soit déjà inséré dans l’espace du langage, il ne peut pas fonctionner avec un thème « non dégrossi », issu directement du réel, cf. : « Un maire mérite-t-il la confiance de ses administrés ? ».

L’être disparaît, celé comme un soleil qui se couche, tandis que son image, forgée en langue, se décèle comme la lune. J’ai l’une ou l’autre, mais pas les deux. Je peux regarder l’être de la chose, ou bien parler de son image, mais pas les deux.

D’où l’invincible attirance pour le personnage de fiction, qui lui aime à jouer sur le lien qui sépare et unit les deux. Dans l’image de cinéma, et plus la technique progresse plus cela devient vrai, l’image tend coller le personnage à l’être, comparé au théâtre par exemple, où j’ai autant de mal, mais pas pour les mêmes raisons, à décoller le personnage de l’être de l’acteur qui l’incarne..

Peut-être qu’un jour je n’aurai plus la sensation de devoir choisir. Les enfants se construiront avec des souvenirs où la fiction se mélangera intimement aux contes, à parts égales. Ils n’auront pas vu mais vécu les films. Sans doute un jour les personnages de ces films s’interrompront-ils pour répondre à l’enfant.

Être ne s’opposera plus alors à « non-être » mais à « non-représentable », ou « non-réalisable en vue 3D », ce qui nous invite encore une fois à jeter les bases de conventions sur le sens des formes.

Sinon j’ai vu la pluie sur la vitre, et j’ai vu que dans chaque goutte, il y avait un petit monde à l’envers. La moitié basse de chaque goutte montre le ciel clair tranchant sur l’herbe, et l’herbe suspendue dans le ciel.

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Qui êtes-vous, nous ?

Je me demandais  » quelle est la nature de cette colle « .

https://formesens.wordpress.com/2017/07/12/dasein-certes-mais-therapeutique/

Cette colle fonctionne peut-être en partie, une des raisons de son efficace proviendrait de, parce que celui qui regarde passer le poisson

https://formesens.wordpress.com/2017/07/09/et-la-vie-dans-tout-ca-descartes/

a conscience d’avoir en lui quelqu’un qui est, simultanément, le poisson, l’ombre, la rivière et le regardeur.

Bon, l’hypothèse est hardie puisqu’elle joint deux de mes fantaisies que j’avance. C’en est une troisième qui suppose l’existence des deux premières. Mais après tout, il n’est pas dément de supposer que si elles existent, elles sont reliées par ce qui serait alors une caractéristique commune.

On revient à la nécessité de l’holistique. Quand je disais qu’une expression est comme une motte de terre qu’on arrache, j’avais à l’esprit ma vieille image du tapis de pièces de monnaie. Elle s’oppose en un sens à celle du couple signans/signatum vu comme une pièce de monnaie et ses deux faces.

Je dis que, un peu comme les bijoux, colliers ou bracelets composés de pièces de monnaie, le langage doit être vu comme un tapis, un drap, ou un dais, comme on voudra bref une surface continue où les pièces sont reliées par des petits morceaux de chaînette soudés. On ne peut pas retourner une pièce seulement, parce qu’il faudrait retourner tout le tapis.

Ici de même, l’idée vient au locuteur que le langage est un tout lorsque le locuteur se perçoit lui-même comme une partie du tout. Et elle ne lui vient qu’à partir de ce moment là Il a besoin d’avoir éprouvé en lui ce concept pour pouvoir l’extérioriser et l’utiliser comme un outil d’analyse  » du monde ».

C’est ce qui peut expliquer une caractéristique commune que présentent toutes les métaphysiques, et notamment la science, c’est qu’elles prétendent à l’exhaustivité. Aucun recoin d’ombre ne saurait leur échapper. Le physicien sent que si sa théorie fonctionne ici mais pas là, alors elle n’est pas  » bonne ». :  Il n’a pas trouvé la martingale ultime. Cette dernière est exhaustive ou n’est pas, car l’univers ne saurait être régi par un autre système qu’un système à loi unique, valable partout.

L’histoire du mur de Planck a bien un peu chamboulé cette idée, mais on confine la déflagration à la première seconde. On veut bien, là…

La fameuse « colle » ontologique, celle qui nous permet de faire tenir ensemble une suite de signes et un sens, ou plutôt plus exactement, de croire (au sens de la foi) que ces deux choses sont associées, cette colle donc, aurait à voir avec ma présence au monde.

J’en avais déjà eu l’intuition, mais cela revient par ce côté. Plus je suis, et plus je pense que le langage désigne le monde. Cela au cours de la petite enfance.La plupart des gens vont passer leur vie entière dans ce formatage.

Une autre partie, plus éduquée, va apprendre la philosophie du langage la plus primaire (la grammaire) et va user de ce savoir pour explorer le langage en prétendant explorer le monde. Ce sont les philosophes, qui tournent en rond. En effet, je désigne l’est par ici, ça va pour mon collègue qui va partir dans le bon sens. Si on creuse, on peut désigner est et ouest de la même façon, puisqu’on arrive au même point quelle que soit la direction choisie.

Et pour certains il y a l’éveil, la maïeutique du second accouchement, celui où je suis assez, où je suis tellement, que je traverse le voile de Maya, je suis à la fois l’ombre et le poisson. Et je peins la rivière pour tenter d’exprimer ce qui ne peux plus s’exprimer par des mots puisque je suis sorti du système monde-langage, signifiant signifié. En un sens, je ne suis plus.

Mais je retrouve l’obscur, l’enfoui. C’est pourquoi j’ai diablement envie de court-circuiter Laurier et les autres pour me ruer chez Aulagnier… Mais tentons de tenir le plus longtemps possible.

 

Entre, n-ième

Je voudrais aujourd’hui passer entre deux choses, d’une part l’Autrisme de Robert Filliou, parfois attribué à tort au Lizène (1), autrisme dont le slogan est :  » Quoi que tu fasses, fais autre chose », et d’autre part cette fameuse phrase par moi ramassée :  » Que ne… jamais. « , et qui dépliée, donne quelque chose comme  » Que jamais les choses ne soient autrement qu’elles sont ».

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Facile langue (proverbe larron)

Pour faire suite à mes réflexions sur l’être, je vais revenir sur la force ontologique du verbe, c’est à dire cette capacité que possède le langage à faire exister ce qu’il évoque, à en susciter en nous l’être de ce qui est dit (1), pour le dire positivement, ou bien à lui prêter une existence à laquelle nous croyons, pour le dire négativement.

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