En passant par le détour…

A quelque propos sur une performance, au sujet duquel je demandais quelque reformulation, l’auteur du propos initial me dit, en guise d’explication :  » C’est que l’art n’est plus l’art ».

Heureuse formule, à laquelle je répondis malicieusement « Mais l’a-t-il jamais été ? ». Silence, bien sûr.

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Piaget Structuralisme XXII linguistique.

Après ceci, Nous abordons ici l’antépénultième chapitre (restent les  études sociales et la philosophie) assez long, du Que Sais-je de Jean Piaget intitulé Le structuralisme.

Rappelons que ce palier nous servira de camp de base pour évoluer dans deux directions : D’une part les apories des divers courants de la « linguistique » traditionnelle, que nous verrons avec Laurier, et d’autre part vers les possibles espoirs du post-structuralisme avec Petitot, pour finir bien sûr avec Aulagnier.

Piaget_Structuralisme_page63

Même si la question elle-même peut sembler étrange, on peut se demander pourquoi Piaget a consacré tant de pages de ce livre à la linguistique. Bien évidemment la réponse est dans la question, c’est parce que le langage s’est imposé comme modèle de la structure sans doute avant même qu’il soit formalisé mathématiquement. On peut dire que le langage a été redécouvert par les structuralistes en herbe, comme un modèle, mais un modèle inquiétant.

Un modèle mathématique n’est pas inquiétant : Il convient, ou pas. S’il ne convient pas, on le modifie. Le langage a tout de suite donné aux structuralistes cette désagréable impression que, étant à la fois le parfait modèle et la parfaite incarnation, cette double qualité renvoyait à un désagréable effet de miroir, à savoir que les structures du savoir n’étaient que des structures de langage. Y compris, bien sûr, le structuralisme.

Jamais papier n’avait collé avec autant d’insistance aux doigts. On a beau secouer, utiliser l’autre main, le pied, le papier est toujours là. Le seul moyen de l’enlever, c’est de se taire. On comprend maintenant cette insistance à chercher les structures « naturelles », quelque part dans le réel, isolées. Ce serait pouvoir continuer à parler en les surveillant du coin de l’oeil, là-bas, seules.

Pages 64 et 65, Piaget va se livrer à un bref exposé historique du structuralisme, et rendant à Saussure ce qui est à Saussure, il en vient à écrire cette phrase : « La raison en est que, en plus de l’histoire, il y a le ‘système’ (Saussure ne disait pas structure) et qu’un tel système consiste essentiellement en lois d’équilibre… »

Voilà qui est crucial. Il serait intéressant de savoir si Saussure ne disait pas structure parce qu’il écartait le terme. Mais en tout cas, à mes yeux, une structure est une sous-classe d’un système. Précisément ceux à propos desquels parler de structure a un sens.

Et c’est là qu’on revient au rapport si particulier entre structure et langage. Si je dis que les billes à l’intérieur de leur sac sont en système, mais pas en structure, on me dirait que des gens sont à l’œuvre sur ce type de structure formés d’éléments discrets. Les physiciens travaillent sur le tas de cailloux qui tombe de la benne du camion.

A la page précédente, on trouve : « Bloomfield dit plus précisément que les concepts n’existent pas : ils ne sont rien d’autre que la signification des mots ». Ce qui nous paraît aujourd’hui une évidence, à condition d’avoir mis le langage en système.

Je dirais que ce qui nous autorise à penser que le langage est un système sans structure, c’est précisément ce qu’en dit Piaget, c’est qu’il est hérité et non forgé, imposé et non choisi, chose impossible à penser puisqu’elle nous pense, qu’elle nous a appris à penser, qu’elle a présidé à notre apprentissage de la pensée, à la fois comme outil et comme cadre d’exercice de l’outil. Et, en cela, le rapport de la structure à son système.

Après un exposé sur l’arbitraire du signe, Piaget renoue avec le côté  » contraint et hérité » de la langue maternelle. Il opère page 67 une fusion entre cette notion et l’opposition diachronique/synchronique, un étrange mélange d’où émergent trois notions nouvelles : les structures normatives, les structures conventionnelles, et au milieu, les structures de valeurs.  L’auteur mentionne que, contrairement à l’arbitraire du signe, le jeu et le rêve sont deux domaines où le symbole est « d’origine individuelle ».

Il est dans la nature de ce format de sabrer les détails, aussi nous n’aurons rien à nous mettre sous la dent de ce côté-là. Piaget ne pouvait s’embarquer ici dans un parallèle entre la genèse des structures et une diachronie dont les frontières sont bien difficiles à fixer.

Nous n’aurons pas de conséquences non plus du fait de pouvoir choisir un symbole « d’origine individuelle ». Est-on alors dans un fonctionnement « sans structure », du fait que le signe n’est pas communautaire ?

Il est d’ailleurs remarquable, bien qu’encore une fois tout à fait compréhensible, que Piaget ait raté l’immeuble de conséquences dont sa remarque serait une sorte de « boîte aux lettres ».

Le simple fait de remarquer que le langage est hérité et contraint, sous forme de la langue, permettrait, si on y avait prêté attention en passant, de biffer un pan considérable des développements sur le structuralisme. Sans parler de la quasi-totalité de ceux des philosophies du langage qui n’ont pas intégré la « version système » du langage.

Il reste que la question sous-jacente demeure pour eux celle-ci : « De quel côté est la structure? ». La structure est-elle du côté de la réalité ou du côté de la pensée ? Petitot répondra qu’elle est entre les deux, dans « l’état de choses ».

Non seulement Piaget n’est pas sans savoir que le langage est transmis mais encore il le note, il l’écrit. On peut se demander comment on peut encore se demander, d’une chose dont la structure est héritée et contrainte, si elle est d’origine « interne ou externe ». Son origine obère la possibilité même de se poser la question, son origine ferme le possible de l’ouverture de la question.

Il y a là un mystère qui ne cessera de m’étonner tout au long de Laurier. Comment des générations de linguistes ont-ils pu passer à côté de ce phénomène ? Sans doute encore une fois parce qu’on accorde de l’importance au schéma des rues qu’on suit, mais pas aux immeubles qu’on longe. Ces grands paquebots silencieux que sont les banques et les assurances du VIIIème, par exemple, m’ont longtemps intrigués, avec leurs premières fenêtres bien plus haut que le regard.

La structure des rues n’a d’importance qu’en tant qu’elle suit celle des immeubles, qu’on est bien obligés d’éviter. Mais si on ne peut faire autrement que les éviter en langue vernaculaire, le regard inquisiteur doit se porter sur eux.

La réflexion de Benveniste mentionnant la croyance enfantine qu’une montagne a toujours porté son nom, bien avant que le premier homme l’ait aperçue, aurait pu leur mettre la puce à l’oreille : Les adultes aussi pensent cela, mais ce stade est refoulé; la plupart du temps.

Piaget Structuralisme XX passage bio – psy

Nous avions laissé Piaget page 56 sur la construction du nombre. Il en est venu là parce que les conduites de l’enfant témoignent d’un « début de logique ». Après avoir inféré de ses conduites sensori-motrices certaines structures, l’enfant les « réfléchit  » (au sens physiques), ou bien se « réfléchissent-elles » toutes seules ? Et où se réfléchissent-elles ? Sur ce « nouveau plan » qu’est celui de la pensée. Elles seront enfin réélaborées en conduites plus complexes (ordonnancement, tri…) à l’aide de ces structures intégrées en pensée. (p.57)

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Moule et oscillations

Suite à ceci, Je vais tenter ici de concilier deux aspects en apparence contradictoires : Le fait que le mot est considéré comme un moule, chose lourde et rigide d’une part, et d’autre part le fait que sa nature est « ondulatoire », c’est à dire que sa présence ne se saisit qu’à lui attribuer un territoire en 3D, et de le « comprendre dans ce territoire », comme on admet une région pour la présence d’une particule.

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