En quoi votre billet sur le moteur https://formesens.wordpress.com/2015/06/13/probabilites-de-panne-du-moteur/, et vos élucubrations  

https://formesens.wordpress.com/2015/06/19/la-voiture-du-glacier-encore-un-peu-plus-loin-iv-piaget-suite/ sur la réentrance des classes nous concernent-ils ? Telle est la question que vous pourriez me poser, et j’y réponds donc par avance.

 

Prenons la question d’actualité de la vaccination, qui fait grand bruit. Il est évident qu’en santé publique, il faut vacciner les gens. Il est évident qu’en santé individuelle, il se peut qu’une personne soit allergique au produit du vaccin, il faut donc ne pas la vacciner.

On vient de découvrir le médicament A, bon pour la démence sénile. Prenons M. X qui en est atteint: il faut lui donner le médicament A. Mais on sait que le médicament A a un impact négatif sur le cœur. Or M. X est cardiaque, il faut donc ne pas lui donner le médicament A.  Son médecin lui prescrira le médicament B, moins risqué pour son cœur.

Donc en santé publique, M. X est dément, on lui donne A. En santé individuelle, on lui donne B.

On voit donc que, suivant le raisonnement exposé dans l’article sur le moteur, selon que M. X appartient à l’une ou l’autre classe, on le soigne différemment.
Mais souvent dans la littérature, on ne dit pas  » appartenir à une classe ». On emploie plus volontiers des noms. M. Y  » est Alzheimer », il est « allergique », il est « alcoolique », il est « autiste »…

On dézoome, X est Alzheimer, on zoome, X est cardiaque. Quand, lors de ce zoom, a-t-on passé la frontière de classe ? Quand et comment, où et par qui seront employés ces termes  ? Qui se recommande de tel jargon, et plus critique encore qui sait que tel l’autre emploie tel autre jargon ?

Et mieux, chez ceux qui font les lois, les décrets et les règlements, sait-cela ? Qui, parmi ceux qui prennent les décisions, mesurent correctement ces questions de frontières ?

Quels enjeux se cachent derrière la connaissance de ces frontières . Le congrès américain a récemment refusé à l’administration de santé US le budget pour mettre en place un espace collaboratif permettant aux médecins de connaître avec plus de détails les résultats de certains traitements ?

Pourquoi empêcher ou freiner un accès généralisé à ces données pourtant publiques ? Et partant les outils pour les gérer, les travaux de recherche afférents etc. ?

Aujourd’hui, chacun de vous est à la fois les deux M. X. En tant que citoyen du monde, reconnu unité d’une seule humanité, avec la mondialisation en cours, vous serez Alzheimer, classé comme tel, traité comme tel.

Mais vous, en tant qu’individu, vous voulez être cardiaque, vous voulez que soient reconnues vos allergies aux cacahuètes, au fromage blanc, au vaccin… Chacun de nous veut désormais être traité dans l’extension maximale de ses différences individuelles, et peu lui chaut qu’en santé publique, il soit vacciné comme les autres, et tant pis s’il est allergique.

Lorsque nous saisissons l’humanité, nous saisissons un système en états superposés, la somme des états de ses composants objets (et là, c’est crucial, on rejoint le débat sur les lois internes de Piaget, dont les objets n’ont pas de propriétés intrinsèques), mais nous ne pouvons le saisir en partie par des statistiques, donc l’étiquette vaut d’autant plus cher en probabilité qu’elle a moins d’intérêt en pratique.

Si on n’a que deux termes pour classer les êtres humains, hommes et femmes, alors on sera obligé de mettre chaque humain recensé dans une et une seule de ces deux boîtes. Alors il y aura 50 % d’hommes et 50 % de femmes, et plus l’échantillon sera grand, plus il approchera de cette  » vérité  » (construite, puisque nous n’approcherons de ce qui n’est en réalité que la définition de départ. On retrouve ses axiomes, on répète le code : la  » vérité  » est une tautologie).

La différence constatée fera l’objet d’explications (proportions à la naissance, durée de vie…) mais bon, l’utilité n’est pas immense. Si on descend l’échantillon à 500 personnes, puis à 50, puis à 5, l’intérêt baisse.

Mais si on saisit l’individu, il n’y a plus que deux solutions.
Soit on est un peu myope, et on n’admet que deux solutions : un être humain est soit un homme, soit une femme. Alors on mettra cettepersonne dans une des deux boîtes. On a du 50/50, et pas appris grand chose
Soit on est honnête, on apercevra que cette personne a un peu des deux, et on tombera sur l’inévitable et inénarrable phrase  » ça dépend ce qu’on appelle un homme « .

Bingo : saisir le système dans un  » état pur  » au sens de la mecaQ, c’est pouvoir lui attribuer un nom (je vais revenir là dessus sous peu). En épistémologie, cela pose un problème intellectuel. En démocratie, ne pas le traiter en 2015 est une faute.

Voilà pourquoi il est important de se doter d’outils permettant de comprendre comment le langage effectue les zooms sur les frontières de classes, et en politique, quelles classes (au sens marxiste cette fois) les manipulent, pourquoi, comment, et dans quel objectif.

Ceci dit, le problème intellectuel en soi n’est pas rien. Je sens qu’on rejoint là les idées d’Alain Simon sans vraiment pouvoir détailler pourquoi . On zoome, on lit  » cardiaque », on dézoome, on lit  » Alzheimer ». C’est compatible avec : on zoome, je lis les petits caractères de la carte, on dézoome je lis les gros caractères de la carte. Sauf que, normalement, ce ne sont pas les  » mêmes choses  » qui changent de nom.

L’individuel n’est pas l’unité du collectif. Il se  » fond  » dedans et n’est plus observable. Cela nous semble difficile à admettre, sans doute. Et je crois que c’est aussi la question que se posait aussi Gerald Bronner.

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