Un ami me citait l’autre jour, comme preuve que l’univers est habité des lois universelles de la physique, qui existent indépendamment de nous, l’exemple d’un obus de canon :  »  La science sait si bien calculer la courbe d’un obus que je peux toujours faire le fanfaron, j’ai tout de même intérêt à me pousser de l’endroit où la physique a prévu que l’objet allait retomber. »

Cet exemple est tout à fait édifiant des rapports entretenus par le langage et la connaissance dans l’esprit humain.
Imaginons par exemple que je réponde à cela que ce n’est que du calcul, et qu’un obus deux fois plus lourd tombera deux fois plus loin, c’est de l’empirique, aucune loi la derrière. Le scientifique me répondra alors que justement non, un obus deux fois plus lourd, ne tombera pas deux fois plus loin, mais racine de deux fois, plus le cube de machin.
C’est à dire qu’une fois qu’il aura trouvé l’équation qui exprime le comportement de l’objet, il aura trouvé une expression de la loi magique qui en est le fondement.
Je passe sur le fait qu’au passage, il a oublié toutes les questions de division de la courbe en petits rectangles, quel point est en dedans, ou en dehors de la courbe, qui viennent si on titille un peu le sujet.
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Mais, même passons là-dessus, ce n’est pas encore le plus grave. Le plus grave, c’est que du fait qu’il a trouvé une formule de calcul compliquée, qui lui permet de prévoir en gros ou tombera l’obus, il déduit de ce fait d’avoir accompli cette trouvaille, un autre fait, qui est qu’une version idéale de cette formule est inscrite en lettres d’or au firmament.
C’est ça qui est ahurissant. C’est du fait d’avoir trouvé un calcul approximatif, et de ce fait seul, qu’on s’autorise à penser qu’il en existe une autre version réelle, un double idéal de l’autre côté du miroir, là-bas, dans la réalité parfaite où Dieu fait des courbes qui suivent exactement les équations.
Il déduit, non pas qu’il a trouvé une formule qui approxime la trajectoire réelle suivie par l’obus, mais que l’obus suit la trajectoire idéale, la courbe dont l’équation est inscrite dans l’univers.
Cette vieille idée, que les mathématiques, langage de la physique, elle-même image du monde, sont le langage du monde a cours encore aujourd’hui sous la forme : S’il y a une équation pour exprimer quelque chose, alors cette chose possède au firmament sa version idéale, sur laquelle la conduite de la chose est réglée.
Et là où le rapport avec le langage est frappant, c’est que les équivalences empruntent aux codes du langage, reprenant cette même idée que le langage décrit tant bien que mal un monde parfait, que nous saurons décrire avec le langage parfait qui lui correspond, lorsque le royaume des cieux sera advenu.
J’ai ainsi trouvé chez Alain Simon : « […] Je suis dans une représentation géométrique de ce qui se présente sous mes yeux comme une équation : ax + by = c […] Cette équation est l’objet, le signifié d’une droite qui la ‘représente’, son signifiant dans un autre mode Imaginaire »
Signifikat
Ce qui est intéressant là dedans est de réaliser la puissance de l’association  » le signifié d’une chose la représente « . Cette puissance d’association, qui est à la base de celle qui nous pousse à penser que le langage représente le monde, est telle qu’elle nous pousse à penser que deux aspects de l’idée de droite se représentant mutuellement deviennent quasi automatiquement signifiant et signifié l’un de l’autre. Et surtout qu’ils existent autant en réalité l’un que l’autre…
Bien sûr, on peut relever le rapport à la perception avec les équations qui pour se  » présenter aux yeux », on fait néanmoins un petit détour par le cerveau. Mais on les découvre sous les champignons 🙂
La science est le savoir qui veut ignorer que dans la représentation, il a y a une  » acceptation », une  » profession de foi » tacite du receveur, lequel dit en réalité  » j’accepte de croire ce que vous me dites, que ces choses se  » signifient  » les unes les autres, dans l’ordre institué, j’accepte de croire que ceci est une image du monde, et j’accepte d’oublier que je viens d’abdiquer de ma liberté. Désormais je dirai que c’est de moi-même que je pense que ceci est la vérité.
Ce faisant il prête allégeance au système d’enseignement qui lui transmet ce cadre culturel. C’est un « amen  » qui lui vaudra sa place sur le banc.

Qu’on me dise que les planètes ont des trajectoires que nous pouvons recopier, et qui ressemblent à une ellipse, et qu’une des codifications de l’ellipse est que son ordonnée se balade comme ça, en fonction de l’abscisse, bon, très bien. Mais pas que la trajectoire de la planète suit l’équation de la trajectoire, là non.

Pourquoi non ? Parce que le point aveugle de tout cela, c’est O, le centre du repère. Une droite n’existe que par sa définition, or sa définition par le même locuteur  : « et je vois tout naturellement une droite repérée dans un système de coordonnées, cartésiennes précisément.  »

« Tout naturellement « . Hélas non, un système de coordonnées cartésiennes est tout sauf naturel. Il est un système hautement spécialisé dans le nichage de futures droites, précisément.

Dans l’univers, il n’y a pas de repère pour construire les droites, pas d’origine pour les courbes, tout glisse, tout dérape, tout se déplace en permanence, on est comme sur de la glace, impossible de se relever, et la glace est en 3D: quand on pousse l’espace, il coule, quand on l’attire, il s’étire, on nage dans du miel. Imaginez-vous immergé dans du miel, avec rien d’autre que des stylos, pas de feuille, pas de support dur, obligé d’écrire dans le miel.

Là on aurait une physique proche du réel. Mais des droites, non, ça n’existe nulle part. Et cette puissance d’association est telle que ses conséquences deviennent des prémisses. Non pas même des axiomes, car des axiomes on sait qu’ils sont convention. Non, ces associations font partie de la réalité. Même si leurs représentants sur Terre sont imaginaire, on imagine leur version angélique flottant quelque part dans un réel hors d’atteinte.

Et donc ces prémisses, articles de foi, ne sont pas ouverts à la discussion. On aimerait que ce fût le cas, qu’en bon philosophe, on reste ouvert à la question, au lieu qu’un bon clergé de sa théorie, on n’en prône que l’adhésion inconditionnelle. Mais il en va ainsi des cultes, dommage, mais tant pis. Donc passons à autre chose.

 

Ce que j’étais venu écrire, c’est la suite de plein de choses. On en trouverait une des racines les plus anciennes dans cet article, http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/04/topologie-pascale.html (1), où je tentais de percevoir ce qu’était « remonter la taxinomie ».

Je vais revenir ici sur ce  » plafond de verre  » que nous traversions, lors le passage d’un étage de la taxinomie à l’autre, du trajet qui a lieu lors des trajets de caractérisation de tout discours.

Ce que je voudrais essayer de montrer, c’est que ce déplacement impacte divers aspects du discours, au cours du même acte : forme / structure, propriété / critère ou encore est / a du cours Gepalm.

Rappelons que nous sommes à cet endroit :

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Les traits verts et bleus représentent la taxinomie du lexique, disons une des taxinomies, et pas nécessairement celle par hyperonymie, elles sont toutes présentes.  La flèche rouge représente le sens du discours.

Je pointe ici le moment où le discours passe de X à Y, c’est à dire où il franchit un espace de la taxinomie, pour dire que ce franchissement se passe « en apparence  » comme dans la branche de gauche, en vert monochrome. En réalité, on franchit alors un  » plafond de verre », matérialisé sur la branche de droite,  par une légère différence de couleur. On passe d’un aspect à l’autre par une sorte d’inversion dans le miroir, différence de couleur qui représente la part de réfraction qui reste toujours, et qui signale à l’œil attentif le changement de palier.

Mais de quelle nature est ce  » changement « , cette alternance entre les aspects, les points de vue. En disant qu’on récupérait l’aspect forme / structure, on a dit qu’on récupérait l’aspect  » front du glacier » des deux diapositives.

Ce sur quoi je voudrais insister est qu’en premier examen, il me semble que ce franchissement s’assortit obligatoirement d’une alternance entre les deux aspects. Si l’on considère qu’à l’origine du déplacement, on était dans l’état A pour ce qui était des aspects impactés, que ce soit forme / structure, thème / prédicat ou a /est (critère / propriété), alors à la fin du déplacement on sera en état B pour le ou les aspects impactés.

En d’autres termes, lorsque ce déplacement est effectué, et pendant ce déplacement, il y a un retournement de la valeur de l’aspect : ce qui était un prédicat doit devenir thème, ce qui était forme doit devenir structure, ce qui était propriété de critère (  » a  » ) diot devenir une nature (un être de chose, un  » est « ), pour les reprendre dans le sens du déplacement vers le haut en hyperonymie, mais il peut y en avoir plein d’autres.

Le déplacement ne peut s’effectuer qu’entre deux états opposés, du point de vue de l’opposition diapositive, c’est à dire, rappelons le, une situation topologique ou un état peut prendre la place de l’autre « à la même place », si l’on ose dire.

Être alternativement chose ou ce que je dis de la chose n’emporte aucune nécessité quant à l’état à tel instant. La seule contrainte est que si je change de diapositive, je change d’état. A telle place (repérée) du discours, nulle exigence que l’état soit thème ou prédicat, chose ou caractérisant, mais je sais que la diapositive précédente, ainsi que la suivante, offriront les états opposés. Ainsi le changement s’effectue à la même place, les images sont projetées sur le même écran, et des différences nous inférons une volonté d’adhésion (ou non) au consensus, et donc le sens, puisque nous avons en nous le consensus.

Pour apprécier le sens, il nous suffit de mesurer les écarts au consensus, à une base qui n’a ni origine ni repère. En revanche, je sais mesurer l’écart à cette surface. Même si je ne connais ni a ni b, je sais mesurer a-b.

Le sens, c’est l’écart qu’introduit le locuteur entre deux membranes, d’une part la surface du sol, et la toile du chapiteau, ou entre le poumon et la plèvre. Entre le discours convenu, le niveau zéro du consensus, et son discours à lui.

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A gauche, le patinage auquel on se condamne tant qu’on pense que le réel est pourvu de structures qui nous attendent.

A droite, les strates de construction du savoir sur le savoir, par dessus le savoir implicite, par dessus la langue, par dessus la culture, par dessus les valeurs, par dessus les désirs, par dessus les besoins.

On remarquera dans cette première image un fait capital : bien que l’origine convenue se définisse de la même manière pour tout le monde, elle n’est pas la même pour tous. C’est à dire que pour chacun de nous, le consensus se définit par :  » l’ensemble des valeurs sous-tendant ma culture, culture que j’ai reçue à travers les dispositions relative des mots de ma langue (sa  » structure  » = ma culture ).

Il est évident que bien que cette définition s’applique à tous, le contenu ne sera pas tout à fait le même pour chacun. Pour deux enfants du même âge, élevés au sein d’une même famille et hors accident personnel (maladie), les  » deux consensus  » coulés et moulés dans les deux enfants seront quasi-identiques.

Maintenant, nous allons utiliser ce mécanisme pour comparer un discours que nous entendons, à ce fameux consensus  » socle « .

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Je reviendrai sur les points remarquables A, B, C et D, bien qu’on puisse deviner facilement. Bien sûr il faut tenir compte de l’écart, mais aussi de la variation de l’écart de la ligne bleue par rapport à la rouge. Si par exemple l’écart se réduit sur un sommet rouge, c’est que la personne apaise la tension sur un sujet qui ne fait pas consensus etc.

Ce que nous ingérons lors de l’apprentissage du langage, ce n’est pas le sens de la langue (nous avons assez montré qu’elle n’en a pas), c’est la surface d’un solide, la surface d’une planète.

Que les atomes soient finalement des atomes, tout le monde s’en fout. La seule chose importante, parce qu’elle peut vous valoir votre gagne-pain, c’est que vous disiez pareil que votre patron.

Si je vous dis : « Les Bolcheviks sont des rouges », ça n’a aucun sens pour vous, ni pour moi d’ailleurs, je n’y connais rien en Histoire.

Cela ne « prend  » de sens que pour un historien de la période, et encore, pas tout seul, cela en prend parce que quelqu’un peut lui en donner. Un historien est capable, lui, d’affecter un sens à ma phrase (et non pas une « valeur de vérité », cette malédiction qui nous poursuit), par mesure de la différence avec le consensus, en l’occurrence si je produis : du consensus, de la provocation etc.

Dans le détail je vais donc avaler ou dévaler un escalier (et curieusement, comme nos amis des jeux vidéo) en déroulant mon discours :

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Donc pour revenir à mon cheminement, soit je considère le mot en tant que  » chose établie  » désignée par le mot, soit je considère le mot comme redéfinissant le mot qu’il précède. Et c’est à ma discrétion, pour chaque phrase prononcée (2). Si je dis  » Les bolcheviks sont des rouges « , je définis  » bolchevik  » comme une sous-catégorie de rouge, un type de rouge particulier. Si je dis  » les bolcheviks sont des rouges « , je définis les rouges comme un domaine dont j’étends l’extension aux Bolcheviks ».
Et vous ne pouvez pas savoir, tant qu’on en reste là, quel sens j’ai donné à ma phrase.

Il faut un complément. Par exemple, le premier usage sera assorti de  » mais des rouges non violents », le second usage :  » la preuve, ils on assassiné Pougatchov « .

Soit (ou exclusif) le mot me sert de support, alors je n’en discute pas le consensus, et alors je m’en sers d’outil pour redéfinir les autres, ou alors je prends ce mot pour cible, je vais le redéfinir (au sein du consensus) et les autres me serviront d’outil.

Mais je ne peux passer d’un mot à l’autre (il faut étendre la notion de mot, mais vous me comprenez) qu’en changeant de point de vue, en échangeant ma place. J’ai deux silex, j’en tape un avec le second, et celui que je viens d’affiner, je le passe dans l’autre main, l’autre vient prendre sa place, et je me sers du premier comme outil pour affiner le second.

Je n’ai qu’une bouche, mais deux mains. Ainsi je n’ai droit qu’à une marionnette dans mon théâtre, mais quelques mots seront dits par Guignol, avant que je change de marionnette, et c’est le gendarme qui finira la phrase. Ainsi, avec une seule bouche, mon discours puzzle pourra-t-il cheminer entre les consensus de chacun des camps.

Je ne peux passer, plus exactement, d’un étage de la taxinomie à l’autre, qu’en passant à travers le plafond de verre, feignant de ne pas le voir, et feignant de ne pas savoir que j’ai changé de point de vue. D’où le fait que, même dans le parcours du trait vert de gauche, j’ai saupoudré de transparence blanche.
Je sais que je n’ai pas le choix : si je veux que mon discours arrive au point de capiton suivant, je dois en passer par là, je ne peux pas faire l’économie de ce retournement.

Je n’ai pas regardé, mais il se peut que le déplacement s’effectue, du côté du discours, de point de capiton en point de capiton, ces sortes de  » relais de poste » où le sens du discours doit se ramasser avant de repartir. C’est ce qui a rendu Proust célèbre, cette façon de séparer les relais de poste 🙂

A l’inverse, le déplacement le plus court contraint l’auditeur à mettre en route son  » search for meaning », il est quasiment contraint. On l’a vu, si le langage est l’outil d’interprétation du réel, ce qu’on nous inculque depuis un âge si jeune, alors il faut que le moindre élément de langage porte comme un  » reflet du réel ».

Si je pose une formule courte comme  » une représentation métallique « , par exemple, je viole le principe d’alternance. Aucun des deux termes ne peut servir à caractériser l’autre, aucun ne peut servir à l’autre ni de thème ni de prédicat :  » métallique  » est un silex qui glisse sur  » représentation « , ne pouvant pas la caractériser, et inversement, dans les choses métalliques, celles qui servent de représentation ne sont pas légion.

Mais je force néanmoins la recherche de sens à se mettre en route. Invinciblement, votre cerveau va générer une image de cette association de mots.

De même mon célèbre  » Je ne voudrais pas qu’un Mexicain sur quatre déchire sa chemise mais….  » qui précède certaines de mes prises de position les plus torrides ne peut pas être produit sans déclencher chez l’auditeur un minime frisson, et l’appréhension que ce que je vais dire ne déclenche effectivement au Mexique une vague de fureur sans précédent, au cours de laquelle un quart de la population aura déchiré ses vêtements en se roulant par terre de rage.

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Ce mouvement de retournement, comme une voile qui fasseye, et que nous feignons de ne pas avoir entendu, celui ou  » pomme  » n’est plus pris comme le nom d’un fruit mais comme l’étiquette d’une classe, non plus comme un thème mais comme un prédicat, comme l’étiquette, c’est à dire  » ce que j’en dis « , ou encore le considérant comme membre de l’association…

J’ai déjà été bien long ici mais il me faut  encore dire deux choses à propos de parcours dans l’arbre des taxinomies.

Tout d’abord, lorsque dans cet article, http://lecerclebleu.blogspot.fr/2017/01/histoire-de-la-pensee.html je mettais cette page,

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c’était essentiellement pour la phrase  » La conjonction des mathématiques et de la théorie de l’art mettra les penseurs de la Renaissance sur le chemin qui mène à l’idée véritablement moderne de nature. « , que je place avant celle-ci :

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 » La mathématique et l’art se rencontrent maintenant dans la même exigence fondamentale, l’exigence de la forme ».

Ainsi Nicolas de Cuse découvrira la fonction universelle du mesurer

Mais les « exaltés « , les génies vagabonds, les adeptes de la magie et de la mystique restent nombreux, et la science mathématique de la nature ne s’imposera que lentement. « 

——– Fin de citation.

La mesure est devenue la mesure de toute chose, et on tentera timidement d’y recaser l’homme pour faire avaler la pilule. Même si ce dernier semble glorifié, et devrait se sentir honoré d’avoir de si belles proportions, c’est tout de même bien lui qui est inscrit dans le cercle.

La dé-mission de prendre en compte le phénomène humain dans toutes ses dimensions : la dé-mesure que la mission exige nous effraye encore et nous pousse toujours à nous réfugier dans les bras de Mère Science, qui sait tout mesurer.

Aujourd’hui, avec le rejet de la psychanalyse, c »est le même phénomène : Apeurés d’avoir à affronter la réalité du gouffre de la complexité de la psyché humaine, on laisse le boulot aux scénaristes de série télévisée le soin de passer la seconde couche sur les jeunes, et on se réfugie dans les bras de Maman Science, qui à travers les trous de vers quantiques, va nous ramener dans le womb d’un univers parallèle où nous serons bien au chaud sur une planète sœur respirable, version moderne du paradis.

Alors qu’on pourrait objecter qu’à l’inverse, il n’y a de cercle que dans l’esprit humain. Le réalisme n’est pas toujours du côté qu’on pense.

Et ceci nous ramène à mon sujet. Mais là j’ai vraiment été trop long, je coupe, et je reviendrai sur cette histoire de forme, exigence née de la rencontre des mathématiques et de l’art.

Personne ne veut avoir de corps.

(1) On retiendra aussi de cet article ceci :

Je suis content d’avoir lu ici
cette phrase :
 » Pour éviter les abus de langage sur le « chat mort-vivant », on peut préférer dire que le chat est dans un état où les catégorisations habituelles (ici la vie ou la mort) perdent leur sens. « 
———– Fin de citation.
C’est déjà pas mal. On a avancé d’un siècle. Mais on peut mieux faire encore.

En effet, le problème est que ces  » catégorisations habituelles  » ne sauraient  » perdre leur sens », puisqu’elles sont échangées par des millions de gens. On préférerait  » devraient être abandonnées au profit de…  » par exemple. En effet, on le verra bien avec Laurier, c’est précisément ce qui fait fait le sens du langage, que ces catégorisations soient  » habituelles » ( consensuelles).

On ne peut donc demander à la langue de  » perdre son sens  » habituel. Mais c’est émouvant.

De plus le chat n’est dans aucun  » état  » au sens d’une particule. C’est notre représentation d’un être vivant qui a été cloisonnée dans un type de possible à deux  » positions « , où la dualité est mort/vivant. Il faudrait donc reformuler  » Notre représentation de  » l’état du chat  » doit passer de la dualité mort / vivant à une autre forme, laquelle accepte d’insérer un étage de la connaissance, un étage à deux états : connaissance indirecte / connaissance directe. « 
La connaissance indirecte comprend les états probabilistes quantiques : peut-être mort, possiblement mort, etc. tandis que la branche « connaissance directe  » comprend les états « mort  » et « vivant » : en prenant connaissance directe d’un système, on le bloque dans un  » état absolu ». Mais il n’y a rien là en effet que d’assez banal. D’un chat enfermé dans une boîte et inaccessible à toute observation, on sait dire depuis longtemps qu’il peut être aussi bien mort que vivant. C’est une simple illustration que la science nous pousse à entrer dans cette pièce, agrandir le domaine de l’espace des possibles, une simple invitation à réorganiser nos taxinomies.

Avec la « connaissance directe « de la nature, on revient sur la question de l’observation en physique. Décortiquer les fruits, disséquer les animaux, observer les étoiles, sont de vieilles habitudes, on pourrait dire le  » socle de fonds  » de l’épistémé. Ce que les choses « sont « , on peut le « voir « . Plus on verra finement, mieux on comprendra. A la fin, on congèle le vaisseau sanguin du moustique, et de la structure de ses membranes, s’évaporeront, comme le fumet de l’omelette, les fonctions que remplissent ces membranes. En regardant le film, on comprend l’intrigue.

(2) C’est, on le verra avec Laurier, ce dans quoi s’empêtrera Grice jusqu’à la folie. Il sent bien que le sens de la phrase doit précéder celui des mots, mais il ne peut déduire le sens de la phrase de celui des mots. Il a une phrase qui a tel sens, et quand il sépare la phrase en mots, pas un seul n’a de sens.
Comment la phrase pourrait être trouver un sens dans la combinaison de mots qui n’en ont aucun par eux-mêmes, qu’ils ne prennent que mis en usage dans la phrase ?
Il a un plat qui sent l’omelette au cèpes, et quand ien analyse chaque morceau, aucun n’a ne goût d’omelette, ni de champignon. C’est frustrant 🙂

 

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