En lien avec l’aspect  » collectiviste « 

https://formesens.wordpress.com/2017/03/09/tilt-collectif-le-biscuit-moisi/ du précédent billet https://formesens.wordpress.com/2017/03/15/le-collectif-ii-la-fiction-espace-de-la-narration/ sur le sujet , je voudrais mentionner un article que je viens de lire dans le journal Le Monde daté du 6 mai 2016, rubrique Critique / Essais. Critique,

donc, par Nicolas Weill d’un ouvrage de M. Daniel Andler, philosophe de son état, intitulé La silhouette de l’humain, qui va me permettre de reboucler le collectif avec la science. En regard du discours sur la fiction, dont j’ai beaucoup parlé.

A y bien regarder, l’article met en lumière un lien qui relève de l’épistémologie, c’est à dire que l’auteur de l’article détecte chez l’auteur du livre l’intention de replacer les hypothèses scientifiques au sein d’un cadre culturel, et pourrait-on dire, presque  » politique ».
Mais de quoi s’agit-il ? J’ai choisi comme méthode de présentation de commenter au fur et à mesure de la lecture, à chaud sur chaque phrase et de résumer ensuite. Mais on peut déjà annoncer que l’ensemble de la collaboration entre les deux thèses est curieuse. N’ayant pas lu l’ouvrage, je fais confiance au critique, et je me dis que l’auteur cherche à tenir une ligne de crête. Pour résumer, ce dernier se veut un  » naturaliste éclairé, ou modéré  » : il souhaite tempérer les ardeurs de son propre camp.

Voyons comment il s’y prend .

« Les progrès spectaculaires des neurosciences – ou sciences du cerveau – et leur application aux sciences cognitives, celles qui traitent de l’esprit, sont tels, depuis quelques décennies. que l’image multicolore censée illustrer les localisations cérébrales (langage, émotion, perception etc.) a remplacé, à titre d’emblème de la science, les schémas de l’atome.   »

Pour ce qui est du symbole de l’atome, il est devenu obsolète, comme toutes les hypothèses scientifiques. Mais admettons, il faut bien commencer par quelque chose, et la remarque est sans doute en grande partie fondée. Sans doute aussi parce qu’on espère là de grandes avancées, c’est donc une sorte de gri-gri.

Je n’ai pas, dans ma lointaine province, perçu encore de progrès « spectaculaire  » lié aux neurosciences, et encore moins ceux de leurs applications aux sciences  » cognitives ». Il est vrai que cette vidéo qui montre un individu littéralement remis en marche comme avec un interrupteur est prometteuse dans le cas de certaines maladies dégénératives. On peut allumer et éteindre le cerveau, soit. A ne pas mettre entre toutes les mains, ce  » progrès spectaculaire ».

Déjà, les « sciences cognitives  » n’existent pas. Les cognitivistes ne sont qu’une faction parmi les gens qui s’occupent de philosophie du langage. Mais bref, passons sur tout ces détails.

Je cite en réordonnant :  » L’idée se renforce que l’esprit humain est un objet de même type que ceux dont s’occupent les sciences de la nature ».

Déjà comparer l’esprit humain à un objet est curieux. Ranger cette chose qui me paraît à moi singulière dans un type peut paraître étrange, mais tout va mieux quand on apprend qu’il s’agit du type de ceux dont « s’occupent les sciences de la nature ». Nous voilà rassurés. Nous appartenons bien à la nature. Mais restons sur nos gardes, continuons de flairer le terrain, le piège est peut-être à venir. Donc :

« L’idée se renforce, […] balayant les résistances de la phénoménologie ou de la psychologie traditionnelle psychanalyse incluse, pour qui l’esprit procède d’une essence différente de celle des choses.  »

J’avoue avoir mal perçu les  » résistances  » de la phénoménologie en la matière. Quant aux analystes, je pense qu’un certain nombre ont dû faire un bond en s’entendant ranger dans l » psychologie traditionnelle »…

Mais contre quoi donc ces pensée organisent-elles une résistance acharnée ?

A ne pas abandonner cet archaïsme que « l’esprit procède d’une essence différente des choses « . Déjà  » procéder d’une essence  » est tellement marqué qu’on a vraiment l’impression de nouveaux qui débarquent dans le débat sans mettre les patins. C’est émouvant, mais bon… Si un jour Monsieur Daniel, ou mettons un zélote plus intégriste que lui, est en souffrance psychique et va chez un psychanalyste, il réalisera que la différence n’est pas là, entre l’esprit et les choses.

A la différence de la science, laquelle, légitimement s’occupe de comprendre en quoi les cerveaux sont tous pareils, son psy s’attaquera à un autre problème, qui est de savoir pourquoi et en quoi le cerveau de M. Daniel est différent des autres, ne fonctionne pas pareil ce jour là, et se met à pleurer, lui et pas les autres. Et je pense pouvoir prédire que M. Daniel sera très heureux que le psy prenne les affaires par ce bout.

Même la physique quantique nous indique le chemin de la différence des mondes, et pointe cette idée qu’il y a autant de mondes que d’esprits. Et ceci n’est la boutade bitumineuse d’un new-age illuminé, c’est la prise en compte que notre époque nous invite à opérer.

En fait, les gens qui ont cette attitude sont comme des savants d’opérette qui démonteraient une voiture et décréteraient que ce n’est qu’un tas de pièces et de ressorts assemblés par des boulons et des joints. Ils oublient que la voiture est un moyen, pour faire des voyages, de tourner des films, toutes activités qui s’expliquent peu par la structure du moteur

Ce qui nous tourmente dans un voyage, ce sont plus souvent nos compagnons, ou les passagers de la voiture, pas tellement le carburateur ou l’embrayage. Ce qui nous intéresse dans un film, c’est l’intrigue, pas l’essieu de la voiture qui porte la caméra. Sauf dans le cas du Fellini Roma, bien sûr 🙂

Vous me direz « Mais si c’est une naïveté aussi idiote, à part le fait qu’elle soit récurrente dans le débat, en quoi vaut-elle la peine que vous en parliez ?  »

Pour deux raisons. L’une sempiternelle, est que la mentalité de garçon de 5 ans qui démonte son joujou (1) ne me gênerait pas si es gens ne prenaient en général leur vision comme prétexte pour dire que vu que notre voiture n’est qu’un amas de boulons, il est légitime de faire des garagistes et des mécaniciens les maîtres de nos destinées. Politiquement, ces gens sont dangereux, ils sont les meilleurs amis des totalitarismes naissants.

Mais pour une autre raison, plus en phase avec mes propos du jour. C’est que ces gens placent de facto les gens de l’autre camp, nous donc, dans la catégorie des gens qui  » croient au Père Noël ». Pour eux le débat n’est pas entre une quincaillerie sans intérêt et un vaste champ d’expériences passionnantes, le débat est entre des gens raisonnables qui se résignent avec courage à la vérité, et des fous qui croient aux chimères, et à qui il faut passer la camisole chimique à la moindre incartade.

J’y reviendrai avec [ISI], mais l’abolition de la dimension collective dans la prise en compte du phénomène humain est une tentation de la science, car elle correspond à une méconnaissance de l’être, venant de cette décision arbitraire, toujours la même, que le sens de ce qui est humain est dans les choses, alors qu’il est  » dans les gens ». On comprend que le cortex soit le dernier bastion de cette illusion, car s’il y une  » chose  » que nous habitons, c’est bien notre cerveau, mais la confusion est fatigante à la longue.

Prenons un exemple. Une personne souffre d’un égoïsme chronique très important. Elle ne pense qu’à elle-même en permanence, elle est obsédée de ses pensées à propos d’elle-même et s’observe. Si on le lui reproche, elle va répondre qu’elle vous a demandé « Comment ça va, ce matin ? « . Pour elle, s’occuper des autres, les prendre en considération est si difficile, cela occupe si peu de place que faire la place pour un  » Comment ça va ? » lui semble compenser largement. Elle occupe autant de place en elle-même avec cette question qu’avec tout le reste de ses pensées sur  elle. 50 % des efforts pour les autres, 50 % pour elle.

En ce sens prenons une autre personne très altruiste, qui passe le plus clair de sa semaine dans les associations caritatives. Elle occupe autant de place en elle-même avec cette question qu’avec tout le reste de ses pensées sur  elle. 50 % des efforts pour les autres, 50 % pour elle.
Dans un cas, 5 secondes d’attention, dans l’autre 5 jours. Intérieurement, la même sensation, et peut-être la même image sur les écrans des « neurosciences miraculeusement cognitives ». Quel intérêt ?. Et encore, sans doute la première personne se pense-t-elle au chevet de ses proches, tandis que la seconde se reproche de n’en faire pas assez.
Alors ? Similitude ou différence. Un seul monde unique ? Mais de quel monde parle-t-on ? D’un monde un peu idéal, ou bien le monde réel, celui de la société et de la médecine ?
Car c’est là que le retour de ces théories me bouche un peu les narines. C’est qu’on voit revenir la vieille idéologie des années 50, le credo de l’ingénieur électronicien, que tous les cerveaux sont identiques, et que si par hasard il y en a un qui a un bug, il suffit de trouver le composant défaillant pour le remplacer. On voit où je veux en venir.

Car c’est bien une religion que cette idéologie. Ces deux certitudes marchent main dans la main : « Un, foin de ces bêtises de psy, (et surtout la psychanalyse, comme par hasard), il y a un seul et unique monde de molécules innocentes, et deux je détiens cette vérité certaine et universelle du monde unique, que je partage avec le gouvernement que je sers pour le meilleur des mondes. L’État dirige pour le mieux ce meilleur des mondes et j’adhère totalement à son idéologie. »

Le seul intérêt d’étudier le cerveau sous cet angle, c’est de trouver les zones où l’on pourrait intervenir pour rendre les égoïstes plus altruistes, les méchants un peu plus gentils, les délinquants moins virulents, les  » terroristes  » moins opposants… Cela dispensera la classe militaro-scientifique au pouvoir de se fatiguer à chercher le bonheur des gens, il n’y aura qu’à stimuler la bonne zone dans le cerveau, et on aura des hordes de zombies heureux.

Que Le Monde ait choisi cet ouvrage est un signal faible que l’idéologie de la camisole chimique n’a pas fini encore de progresser. Tout est cyclique, et le balancier des opinions fait qu’un jour la psychanalyse sortira de son purgatoire. La pensée unique a une séduction qui s’infiltre partout, comme les gaz toxiques des comédies d’espionnage. Elle passe par dessous les portes, parce qu’elle fait tellement de bien. Nous sommes tellement fatigués de réfléchir sans trouver des solutions, que nous attendons comme une drogue bénéfique ce qui nous apportera le sommeil de la simplicité, la pensée unique, la pensée que le monde est unique, simple, qu’il suffit de le découper en pixels, et tout va s’arranger, on ne verra plus ces images affreuses aux actualités.

Hélas non, c’est le contraire. La paix, la négociation, la conciliation sont plus complexes que la guerre. La réflexion, l’analyse, la reconnaissance de la diversité, sont plus difficiles que les déclarations péremptoires sur la structure de l’univers.

Alors on me dira que l’auteur de l’article fait justement la promotion de la tempérance en la matière et c’est tant mieux.

Les images, pour précieuses qu’elles soient, ne seront pas les dernières à servir de support à ceux qui espèrent épater tout le monde en proposant la martingale qui résout la structure de l’univers. Heureusement pour mes camarades psychanalystes, je sais qu’ils savent que lorsque les Monsieur Daniel viennent les voir, dévastés parce que leur femme les a quittés, ils font moins les malins sur l’essence de l’esprit. Mais ce n’est pas une consolation, il aurait été bon qu’ils l’apprissent avant, afin d’éviter de contaminer l’environnement avec leurs articles de foi clamés en toute ignorance.
Comme on l’a évoqué, ces « progrès spectaculaires  » sont surtout à ne pas mettre entre toutes les mains. On voit bien aujourd’hui que ce qui reste du symbole de l’atome, ce sont aussi certains légers problèmes sur le désarmement liés à la prolifération nucléaire, l’arrêt des centrales et le traitement des déchets. Tout n’est pas si simple dans le monde unique, et l’enthousiasme des zélotes a toujours intérêt à trouver son contre-pouvoir.
Ce n’est donc pas explicitement cet article que je vise, mais les  » thuriféraires des sciences cognitives », et ce mot renvoie à leur attitude. On nous dit qu’ils rejettent les adversaires du naturalisme vers le créationnisme, théorie qu’il est convenu d’abhorrer, et pourquoi. Nous démontrons à longueur de journée l’absurdité de tout cela, mais personne ne s’empare du flambeau de la vérité en vouant l’autre à la Géhenne, c’est de l’obscurantisme.
Ces gens nous disent : « Ah ah, vous n’admettez pas qu’une voiture  soit un simple tas de boulons, donc vous professez qu’on doit réserver le rôle d’organisateur de voyages et de scénariste à Dieu »
– Non, monsieur. Non seulement je reconnais qu’une voiture n’est qu’un tas de boulons. Ce que je ne reconnais pas dans le tas de boulons, ce sont les films et les voyages qu’on fait avec, ainsi je me permets de vous signaler l’existence des agences de voyage et des cinéastes, ce qui explique l’un, et l’autre. « 
Et pour revenir encore à mon propos, s’ils voient la ligne de séparation du Père Noël à nos pieds, c’est que pour eux, la question ne se pose pas.
Et si elle ne se pose pas, c’est parce que, une fois de plus, les activités des réalisateurs de films ou les agences de voyage n’appartiennent pas pour eux à la sphère de l’humain, mais à celle du monde, du monde des choses, que l’humain manipule. L’humain manipule des cartes et des voitures, des caméras et des salles de cinéma comme il le ferait de cactus ou de pierres, ces choses qui  » ont toujours été là » du  » monde en soi ».
Ces ingrats n’ont pas le souvenir d’avoir été élevés, et qu’il y ait eu un temps où leur fantastique cerveau qui clignote ne savait pas ce que c’était qu’un voyage ou un film. Que les voyages des autres ont participé à la création de son cerveau à lui, qui n’a pas tout inventé.
Comme par hasard, il se trouve que ce courant de pensée se défie de la psychologie, et encore plus de la psychanalyse. Comme je les comprends… Comme il serait difficile d’admettre que ce sont les voyages qui créent toute l’utilité de la voiture, et l’éducation et la société celle du cerveau…
Mais il y a autre chose : « Ainsi les programmes d’intelligence artificielle des années 60 ont prétendu cartographier l’ensemble des pensées et des comportements humains à la manière d’un ordinateur  » (avec des algorithmes).
Ne rions pas trop fort du ridicule de ces tentatives. La meilleure façon de faire un robot qui ressemble à l’humain est encore de transformer l’humain en robot .Si l’humain pouvait s’exprimer avec un vocabulaire réduit et par des phrases simples écrites sur un clavier, comme il serait simple de faire des robots qui lui ressemblent. Tout ce qui est vrai est bon, et il ne fait pas bon laisser les psys venir semer leur désordre. A chaque délinquant sa molécule, et les vaches seront bien couvées.

Pour ce qui est de la phrase :  » L’homme moderne abrite un esprit façonné à l’âge de pierre », j’ai déjà abordé ce sujet. Il apporte de l’eau à notre moulin qui est de comprendre comment s’articule l’important de ce qui s’est passé depuis, à savoir la coopération entre cerveaux. Si on fait toujours du son en soufflant dans des trous, c’est la culture du blues qui a permis l’émergence de ce genre d’évènement. La pratique solitaire revient au mécanicien, les voyages au couple.

Autre danger  » la naturalisation de l’esprit achoppe sur le comportement de l’agent en situation et en contexte. Le monde est trop compliqué pour qu’on puisse établir un catalogue des situations possibles  […] Un univers où tout serait calculable est une utopie.   »

Il n’y a rien de tel pour exciter un scientifique que de lui dire que le réel est trop complexe pour être calculé.  C’est précisément l’utopie qui nourrit son délire. C’est un irrésistible appel à sa pulsion de modélisation. Il se voit en chevalier blanc sauvant la donzelle du péril de la complexité. Il va lui montrer sa grosse théorie qui va permettre de tout simplifier en ramenant les situations possibles à 5 situations-type.

C’est le plus mauvais argument à employer pour endiguer l’hystérie de modélisation qui a empoigné la fin du XXème siècle. Si le réel est trop complexe pour l’appréhender, il suffit de trouver la structure des quelques situations simples dont ce réel est une combinaison, et par quelles opérations ces éléments simples s’agencent.

 » Puisque mon univers est une machine (joujou de Noël, voiture, batteur à œufs, turbine de mon usine…) alors l’univers autour de moi est une machine ». Le handicap affectif est une pétition de principe quant à la nature du monde qui nous entoure. Le monde qui entoure le scientifique, c’est surtout les femmes qui l’ont élevé, et qui semble avoir disparu de son horizon de recherches.

Une théorie scientifique reflète bien le psychisme de celui qui l’a construite, largement autant que le monde. On pense que ce sera aussi simple de tirer des fils électriques dans le cerveau que de prononcer  » brain mapping », beau raccourci qui sonne bien. Parler anglais contribue à répandre auprès de ses collègues l’idée qu’on fait des choses simples et belles, mais le raccourci ne fonctionne pas toujours, et le court-circuit guette.

Il y a d’ailleurs une phrase dans l’article que je ne comprends carrément pas :  » En outre les progrès des neurosciences sont tels que l’objectif de fournir un fondement biologique à l’esprit pourrait être dépassé. De même que la physique a fini par laisser de côté la notion trop générale de matière ou la biologie celle de vie ». Je ne comprends pas les membres de la comparaison en interne, ni ce qui les relie.

Après le mot « utopie », voilà une phrase intéressante « Chaque comportement est naturel, l’incroyant que je suis n’en doute pas un instant ». Il faudra lui dire qu’entre le chaos et Dieu, on a maintenant le choix de la sociologie pour expliquer le comportement « naturel  » des sauvages. Mais ce n’est pas fini : « Pour autant, le comportement de l’agent est un objet récalcitrant ».
L’être humain réduit à un « agent », l’agent à son tour réduit à un objet, en qui subsiste pourtant après toute cette réification  assez de volonté pour s’opposer à la volonté du gouvernement et être un délinquant. Je propose d’envoyer l’agent Smith.

Je ne sais pas si c’est moi, mais toutes ces idées transpirent le cyber-fliquage des films comme I, robot... Il faudrait tenter d’instiller dans l’esprit de ces gens que l’avenir de l’homme n’est pas dans le grille-pain sophistiqué, que ce qui est advenu avec le phénomène humain il y a des millions d’années en Afrique va nécessiter d’autres concepts que la notice de branchement et le schéma électronique.

La conclusion est claire :  » On peut admettre que tout est composé d’une étoffe matérielle (certifiée par la physique fondamentale  »

Tu parles, elle patine dans les cordes, la physique « fondamentale », elle ne certifie surtout rien.

« Et résulte de processus naturels […]  » Oui, la on ne risque pas grand-chose.

« Sans accepter ipso facto que les sciences de la nature soient en l’état, aujourd’hui ou demain, de rendre compte de tout ce qui se produit, en particulier de dicter notre action dans tous les domaines ».

Dicter une action n’est pas forcément un cas particulier de la généralité de « rendre compte « , c’est un peu bizarre. « Rendre compte « , cela fait, au mieux, agence de presse, au pire commissariat de police. La science vue comme chargée de  » rendre compte de la situation », comme un bureau militaire en Inde, qui rend compte, à la Couronne des soulèvements populaires.

Expliquer, mais en quels termes ? « Alors voilà, l’espace, c’est comme des petits bouts de ficelle… » ?

Le défi de la science est posé comme la capacité à résoudre une équation trop complexe, qui défie la modélisation, et non comme une grille interprétative. Tout ce qui défie la modélisation risque de ramener l’obscurantisme religieux du créationnisme, celui-là même qui nous fait les bombes et les attentats.

Le comportement d’un être humain n’est vu que comme la singularité d’un phénomène complexe, comme une molécule de gaz dans une bouteille. Les gars se cognent la tête contre le mur en répétant : « Il doit y avoir une explication à la délinquance de cette molécule alors que les autres sont sages, il doit y avoir une solution, l’équation est là, quelque part… »Et on pourra enfin trouver comment souder les composants, les chips et les leds qui feront que ce diable d’homme se tiendra tranquille.

Prenons nos braves sumériens. Ils avaient plein de dieux pour tout, dont le méchant Pazouzou, responsable de tant de maux qu’il devait avoir un boulot pas possible. Nous ne sommes ni plus ni moins avancés qu’eux sur  » l’étoffe matérielle  » qui compose  » tout  » (Les religieux aiment à ce que leur concepts s’étendent à l’univers entier), nous avons juste des croyances à son sujet, que nos instruments confirment, exactement comme les instruments de l’époque confirmaient les connaissances des mages.

A un conte près, sur lequel je reviendrai, tous les textes des Sumériens nous sont accessibles de plain-pied,. Qu’il s’agisse de minutes de procès, de recueil de blagues ou de proverbes, de littérature, rien ne nous échappe, cela pourrait avoir été écrit hier. Leur psychisme ne diffère pas d’un iota par rapport au nôtre, et nous prenons pour la vérité ce que nous pensons être la vérité.

Il est peut-être temps de tenter de sortir du débat qui oppose, depuis lors, le scientifique raisonnable qui fouille frénétiquement la matière pour y chercher satisfaction de ses croyances, et le mage illuminé qui pense que Dieu a tout créé.

Nous ne savons pas ce qu’est  » tout « , ni ce que cela recouvre, ni ce que cela veut dire. Nous ne savons pas ce que veut dire  » matériel », surtout dans la bouche de ceux qui prônent que son opposé; le spirituel, n’existe pas, et ne le récusent que par la peur largement justifiée du comportement de fanatiques que génèrent les  » républiques  » religieuses.

Le  » scientifique  » tient aujourd’hui des propos qui l’auraient conduit au bûcher avant hier, à l’asile hier.

 

Le scientifique d’aujourd’hui avoue donc que la vérité change, il est bien obligé, mais c’est tout de même lui qui est toujours « au plus près de la vérité « .  En fait le scientifique est toujours aussi bouffi d’orgueil. A preuve cette émission de France Culture où un des intervenants nous explique fièrement comment il a réussi à aller voir en centre de déradicalisation de pauvres bougres qui n’avaient envie que de lui dire ce qu’il voulait entendre. Et de les convaincre que c’est le hasard qui régit l’univers.

Passons sur la faute psychologique, qui consiste à proposer, en remplacement d’une valeur structurant la vie d’une personne, une sorte de chaos dont on ne sait rien. C’est d’une naïveté effrayante pour un  » travailleur social ».

Mais le péché d’orgueil est inexcusable. Mais comment oser prétendre (et enseigner aux autres) qu’on sait ce qui régit l’univers ? Ce hasard, dont il ne sait rien, d’où ce scientifique tire le savoir de son existence, de quelle confidence miraculeuse a-t-il bénéficié pour savoir plus que les autres ce dont l’univers est fait. Il faut être bien sûr de soi sans preuves pour oser pérorer ainsi sur la nature des choses.

C’est en fait son étroitesse d’esprit qui lui permet cette fatuité. S’il avait fait les rêves que j’ai faits, s’il avait vu les possibles que j’ai vus, il serait un peu plus humble, il admettrait sans doute que certaines choses avaient pu lui échapper. Ce qui est curieux, c’est que ce péché émane des gens qui s’emparent du drapeau des gardiens de la vérité. Un peu d’humilité…

 

On peut regarder notre humanité dans sa richesse, sans rejeter l’autre dans le camp des illuminés ou des bornés. C’est la dimension sociale de notre être qui est largement sous-estimée aujourd’hui, et qui doit attirer nos efforts et notre charité.

Éduquer à prendre le meilleur de chaque camp, pour sauver un temps précieux à mieux vivre ensemble sur cette planète, plutôt que d’espérer une solution dans l’hibernation des voyages interstellaires où quelques riches auraient réussi à fuir.

Bref, mais ce n’est pas ça que j’étais venu dire. C’est juste pour reboucler entre le savoir du collectif et le savoir « vu comme savoir ».

 

(1) Voir d’ailleurs les liens entre les garçons, handicapés de l’affect, et leurs projections sur des machines. La science, monde macho, projette un univers mécaniste.

 

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