La vie selon les diapositives (Multiverse tunneling slippage)

La vie selon les diapositives (Multiverse tunneling slippage) – 2014-12-17, et réédité le 15 octobre 2017.

Bon, là je vais vous mettre un truc de dingue, que je ne me serais peut-être pas autorisé à publier si je n’étais tombé sur cette vidéo, https://www.youtube.com/watch?v=CMdHDHEuOUE qui mentionne comment la physique quantique imagine des choses proches.

Il y a quelques mois donc, devant la cheminée, j’ai senti comme si le train de ma vie n’était plus, par rapport au temps, dans son rapport habituel.

Vous vous représentez sans doute le déroulement de votre vie de la façon qu’on peut illustrer avec la figure ci-dessous.

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la vie selon les diapos, classic version

C’est à dire que votre vie est comme le panier à diapos A : une suite d’instants que je vous souhaite longue et heureuse. Chacun des instants de votre vie est une diapositive, que votre conscience soulève une à une pour faire le  » film  » de votre vie, la ligne du temps étant représentée par la flèche orange.

A vos côtés, votre cher et tendre compagnon mène une vie B. Parfois, lorsque vous partagez un moment ensemble sur le canapé devant la cheminée, les diapositives sont-elles quasi identiques (1). Mais lorsque vous êtes au bureau, et lui en train de piétiner devant la pizza qui tourne dans le micro-ondes en butant contre les parois, les diapositives sont différentes.

Vous vivez la suite des diapositives de la série A, votre vie dont les instants sont en ordre, et lui vit la série B des instants de sa vie.

Parfois, une diapositive de la série A se raccorde à une de la série B, mais « plus tard dans le panier ». Par exemple si vous faites une sieste. Alors la diapositive suivante « pour vous » se présente à votre conscience alors que possiblement, quelques milliers de diapositives (au rythme d’une par seconde) ont défilé dans l’esprit de votre ami.

C’est le cas également toutes les nuits, lorsqu’entre deux de vos diapositives consécutives, des centaines de millions d’êtres humains ont vu des milliards de diapositives différentes défiler pendant que vous dormiez.

Bien. Maintenant, nous allons envisager une autre hypothèse.

L’univers contient des séries de diapositives, séries A, B…  Votre vie ne consiste plus à voir les diapositives de la série A, mais à voir une dizaine de diapositives de la série A, puis une centaine de la série B, puis un millier de la série C, etc.

Votre vie est alors constituée des instants 1, 2 ,3, 4…

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Maintenant, on a vu Matrix et Inception, on n’a plus peur de rien

Faquin, me direz vous, il suffit de remettre toutes ces diapositives vues dans une seule série  » vue de l’esprit », qu’on appelle Z, et cela revient strictement au même.

C’est exact, vu comme cela, effectivement, ça ne change rien. C’est là que le changement de point de vue intervient.

Pour mieux faire comprendre ce que j’ai ressenti, il faut s’imaginer une personne qui saute depuis le toit d’un train sur le toit d’un train voisin, alors que les deux voies sont très proches.

Ensuite les voies divergent, les trains s’éloignent l’un de l’autre. Le voyageur peut rester éternellement sur le toit de son train, ou bien guetter une opportunité, attendre qu’un autre train vienne frôler à nouveau la courbe du train où il se trouve, pour décider de le quitter et sauter sur un nouveau train.

Une des grandes différences entre les points de vue réside dans le statut des trains.

En effet, dans la conception traditionnelle de la première version, se posent les épineux problèmes des fins, à savoir de la téléologie, de l’entéléchie, et finalement de la parousie. Comment les diapositives, fixes, prévues, et donc plus ou moins prévisibles, comme le serait l’avenir, sont-elles disposées, enchaînées, par qui, depuis quand etc. ?

Toutes ces questions qui ont agité le bocal de pas mal de monde depuis dimanche dernier  » sautent  » avec la version que je ressentais, lorsque j’étais sur le toit de mon train.

Il y avait plein d’avenirs devant moi, plein de trains passant à vive allure à côté de celui de ma vie actuelle, et il me suffisait de sauter sur un autre train pour aller sur celui de l’avenir où je serai/serais (encore une distinction qui s’estompe), riche et célèbre, au sauter sur le train où je finirai/ais malade dans la misère.

Peu importe ce qu’on été les trains avant moi, peu importe ce qu’ils deviennent ensuite. Dans ma vision, il n’y a pas de  » série A  » telle que je l’ai définie au début, c’était pour représenter une vue traditionnelle de la succession des instants présents.

Peu importe que je reste sur un train pendant une ou mille diapos, elles naissent et meurent à volonté, sans être plus vivantes ou concrètes avant leur apparition que pendant que j’en ai conscience, ni après. Elles sont à disposition dans l’infini réservoir des possibles simultanés, et rendues accessibles à ma conscience par les règles d’un jeu que je ne comprends pas encore, mais qui pourrait bien concerner ce qu’on appelle l’âme, et que je préfère dénommer Esprit.

Il y a dans cette conférence d’Etienne Klein, à 39:20, dans sa tentative de poser, selon ses termes, le problème dans des termes qu’on puisse discuter, une conclusion intéressante :

 » L’intervention d’une conscience que j’appelle intégrante semble nécessaire à le conceptualisation d’un cours du temps qui soit continu et homogène, qui ne soit pas une agglomération chaotique d’atomes temporels. Ça, c’est ma conclusion, mais évidemment, la question qui est posée, c’est : ‘ est-ce que cette conclusion implique de penser que le cours du temps dépend de la conscience ‘ ? « .

— Fin de citation.

C’est moi qui souligne pour rendre l’accentuation orale.

Je pense qu’Etienne Klein a assez côtoyé le corps médical pour qu’on lui confirme que la notion de présent a besoin de notre corps conscient d’observateur pour prendre corps. Il suffit d’avoir côtoyé de jeunes enfants, ou des personnes affectées de certaines pathologies pour savoir que la construction du temps, du présent, de l’écoulement, ainsi que le maintien de cette homogénéité, sont intimement liés à un état psychique parvenu à cette compétence, performant et intégré. Le présent n’a aucun sens pour certain malade, pas plus qu’il n’en a dans le temps physique. Le présent est une pure construction de la conscience. On peut dire que, de toute éternité, le présent n’a jamais existé hors de la conscience, et donc si on s’en tient à la définition évoquée, aucun instant présent ne fait partie du temps, donc aucun instant ne fait partie du temps.

Quant à la question finale posée par Mc Taggart et qui est censée diviser les écoles de pensées,  à savoir le temps conçu comme un ordre de succession qui déploie des chronologies définitives, ou bien comme le passage d’un instant particulier, comme le transit du présent vers le passé, je dirais que le diable est dans le détail du mot  » passage » de la seconde hypothèse, qui pose l’instant, oh un instant comme on pose le pied au sol au cours d’un pas léger (la déesse), comme se déroulant sur fonds de décor constitué par la première hypothèse, son présent et son passé. Donc je les renvoie dos à dos.

A se demander si le cours du temps dépend intégralement de la conscience, on n’est plus très loin de franchir le pas vers la question suivante, à savoir de généraliser. S’il semble qu’il faille une conscience intégrante pour percevoir dans l’amas  » chaotique » de particules un univers ordonné sous ce regard, est-ce que cette conclusion implique que l’univers ordonné existe d’une façon  » autonome » par rapport au sujet conscient ?

Ce qui, soit dit en passant, est encore une façon de poser la question.  » Sujet conscient « , c’est formuler un être témoin d’un extérieur, œil ouvert sur un monde qui est livré à son observation passive, mais qui préexiste à cette observation.

De la même façon que l’histoire des diapos exige un saut conceptuel dans l’ordre de ce qui est  » possible », cette vision 1, 2, 3, 4 d’un univers qui ne préexiste pas (mais qui n’est pas non plus dans la non-existence, comme caché et  » en réserve ») à la conscience exige un saut vers un impossible.

Et pourtant cet impossible est celui qui nous est rabâché depuis la nuit des temps par les traditions spirituelles, un monde de matière créé par l’esprit préexistant à lui, une conscience qui imagine le plan du cosmos, et se le réalise dans les délais impartis par la réponse à l’appel d’offres.

Un autre impossible qui nous saute à la figure est la  » simultanéité  » de toutes ces diapositives. Nous n’imaginons pas possible, pas réalisable, pas faisable, que coexistent ces diapositives autrement que projetées dans le théâtre privé de chacun. Elles n’existent pas  » en dehors  » de la conscience, cette fois. Elles  » dépendent  » de la conscience, pour reprendre le mot d’Etienne Klein.
Elles ne peuvent pas exister en dehors, parce qu’il nous manque l’  » impossible chef d’orchestre « , comme disait Etienne Faust de Gounod dans  » Relie-moi que je t’attache ». Sérieusement, l’hypothèse que l’ensemble du ballet des diapositives soit sous-tendu par une « réalité organisée », nous paraît attachée à la probabilité zéro, c’est à dire dont l’existence est impossible.

On peut encore franchir un degré dans l’impossible en évoquant notre impossibilité à penser que cette réalité soit non seulement organisée, mais orchestrée.

En fait notre esprit se refuse à envisager une telle possibilité, sauf évidemment sous le mode de la fiction. On en a un bel exemple dans le film Matrix. Ce que nous pensons impossible à Dieu, nous en prêtons sans sourciller la capacité à un programme informatique.

Pour revenir à nos divagations, nous sommes ici dans l’encore pire de l’impossible, puisque nous envisageons que tous ces possibles et orchestrés existent simultanément, immobiles, comme des diapositives dont la projection n’est rendue  » successive  » que par notre mobilité à sauter d’un train à l’autre, construisant un parcours qui n’a pas de rapport avec une quelconque succession temporelle.
C’est un peu comme mesurer la durée des trois tours de pénalité lorsqu’on tombe sur une case au jeu de l’oie et qu’on  » passe son tour ». C’est éventuellement parce que cela permet aux autres joueurs de gagner en arrivant  » relativistiquement » avant nous au but que cela nous pénalise. Mais que cela dure une minute ou dix ans ne change rien (2)

On pourrait faire remarquer que c’est juste aussi impossible qu’à une fourmi dans une salle d’opéra d’imaginer que le son qu’elle entend durant la représentation d’un orchestre symphonique soit  » organisé « , mais ce n’est ni l’heure ni le lieu.

Ce qui est plus intéressant est de se demander an quoi consiste cette activité de  » sauter d’un train à l’autre ». Je la comparerai volontiers à ce rêve puissant que j’ai décrit je ne sais où, quelque part dans Formesens, je pense. Il s’agissait d’un jeu type souricière. J’y reviendrai pour mettre la référence.

A y bien regarder, c’est aussi une suite de la vision sur les étapes de la méiose. Et curieusement, cette vision initiale eut lieu pendant une séance de projection de diapositives à la Pitié-Salpêtrière, en 1980. Il aura fallu 34 ans pour que cette vision fasse son chemin en moi et y mûrisse…

Et que j’en maîtrise la mûrisse !

C’est pour cela que je n’ai pas donné de  » durée  » type pour l’instant d’une diapo. Dans la nouvelle hypothèse, une diapositive ne dure ni une minute, ni un siècle, elle ne  » dure  » pas. C’est un état possible des choses, un état de type  » possible ».

Je fais une incise

https://formesens.wordpress.com/2015/01/03/tout-est-possible-et-seulement-possible/

pour m’expliquer là dessus ici.

  1. Mais ce n’est pas pour autant qu’elles appartiennent au même panier. Ceci dit…

    (2) C’est en cela que je dis que tout le monde vit la même durée, que notre vie dure 60 ans ou 100 ans. Intérieurement, nous aurons vécu la même durée, c’est à dire rien. C’est pour cela que le temps nous paraît  » passer vite », alors que certains événements de notre vie nous paraissent dater d’un siècle.

    Màj mars 2015 : Je retrouve l’origine de cet article dans mon cahier, et j’avais noté ceci :  » Chaque série de diapositives a un passé et un futur, et un sens unique du passé vers le futur, ce qui est cohérent avec les lois de la physique que nous examinerons un autre jour, mais notre déplacement dans les séries n’a pas de sens en termes de passé et de futur, puisque le passé d’une série n’est pas relié au futur d’une autre, ni arrimé, de façon absolue, ni relative. Les temps de chaque série coulissent les uns par rapport aux autres.
    C’est comme si je m’étonnais auprès d’un contrôleur de billet du nouveau train, d’avoir été déjà contrôlé dans le précédent, ça n’aurait pas de sens.

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