Pourquoi  » Formesens  » ?

Ce blog fait historiquement suite  au Cercle Bleu (Si brièvement soient-elles), initialement publié sur Dotclear chez Gandi, transféré chez Blogger.

Blogger est géré par Gooogle, qui  a décidé de désactiver mon compte et de supprimer toutes les données attachées, sans m’y donner accès (1), je suis donc passé chez un éditeur que j’espère moins nazi, et les archives en pdf sont ici.

Ma demande à Google de justifier la suppression de ces données IS STILL PENDING.

 

 Avant tout, il faut préciser que ce blog n’est que la moitié d’un tout, tout qui ne forme lui-même qu’une partie de l’entreprise. L’autre moitié de ce blog est constituée d’un autre blog La Beauté Couverte https://aucoeurdesfibres.wordpress.com/ , où je poste le résultat de mes recherches en matière d’art textile.
Donc, pourquoi ces articles, classés ici ?
Je tente de circonscrire en quoi le langage, pour  » justifiés  » que soient sa vocation et son exercice (2), constitue une entrave à la totale liberté du développement de notre épistémé, entendu ici au sens d’un ensemble constitué de notre connaissance et de notre pensée.
Il est connu que nous ne pouvons communiquer sans user du langage, c’est sa définition même.
Qu’en est-il de l’activité de penser ? Si on ne peut faire l’économie du langage pour transmettre la connaissance, dans quelle mesure transmettons nous également les contraintes que le langage fait peser sur la pensée, qui est l’autre source de connaissance ?
Si nous parvenions à identifier, dans le langage, et dans la culture qu’on nous a transmis, cette même contrainte qui font des outils de la connaissance leurs propres victimes, quelles conséquences sur la manière de penser ?
Si nous parvenions à desserrer un peu l’étau de ces contraintes, pourrions-nous espérer  » mieux penser « , et pourquoi pas, libérer ainsi de l’espace pour d’autres courants nourriciers que les schémas dont nous avons hérité depuis des siècles,  » mieux aimer »,  » mieux sentir « ,  » mieux vivre », réalisant ainsi une nouvelle synthèse, mieux adaptée aux nouveaux défis du monde contemporain.
Outre le défi de méthode posé par l’entreprise, évoqué en notre (2), surgit une autre difficulté, qui est que l’examen que je mène ici me coupe par principe de la plupart de mes  » fellow thinkers  » contemporains.
Pour ce qui est des anciens, pas de problème, je peux puiser à leur source. Pour les contemporains, c’est plus délicat. Il s’agit en effet de les aider à comprendre pourquoi, selon moi, les outils qu’ils utilisent pour raisonner sont  » obsolètes », en ce que ces outils sont dépendants des structures du langage. Ces penseurs, pour intelligents qu’ils soient, tournent en rond comme des détenus dans la cour de leur pénitencier, prisonniers de leurs raisonnements qui recombinent les mêmes concepts. (3)

Sortir du fermé, comme dans le cross-cap, c’est  » au minimum  » s’imposer une hygiène de pensée où on ne recroise pas l’autre fourmi. Sinon, cela ne sert à rien. (4)

Nonobstant ces deux obstacles, je tâtonne.

Notre époque, qui a admis que l’homme est devenu un être totalement culturel, continue pourtant de penser la pensée sur le mode du génie solitaire.  Chacun cherchant détenir la martingale d’un univers qu’on cherche toujours, soit dans le cosmos, soit dans son propre esprit. L’espace de l’humain n’est aucun de ces deux lieux, mais bien l’humanité. (5)

Palliant en partie cet inconvénient, la piste que j’ai choisie pour y arriver consiste à tenter de retrouver les ressources dont nous disposions avant que notre pensée ait été capturée par le langage, c’est à dire la petite enfance.

Il n’est pas impossible ceci dit que la disparition de l’écriture à laquelle nous assistons apporte quelque chose de ce côté-là.

 » Formesens « , en effet, pour indiquer la volonté de se référer uniquement à la forme comme source de sens. Il faut l’entendre ici, non au sens de l’angélique évidence ressentie par le débutant en linguistique, qu’on a imprégné de l’idée que le sens est le produit d’une combinaison des formes, qu’il y gît, et qu’il suffit de découvrir la formule, mais plutôt comme un cap tenu par le capitaine d’un vaisseau en proie à des courants contraires.

Ces courants tendent à ramener la pensée humaine à quelque version d’un code informatique.

Pour ce qui est de la méthode, il me fallait trouver quelque chose qui me sorte de mes propres schémas de pensée, pour éviter de tourner en rond dans les routes que les canons épistémologiques de mon époque m’ouvrent. J’utilise un procédé que je compare parfois à ce que font les utilisateurs de 4×4 tombés dans une rivière  : ils accrochent le câble du treuil à un arbre haut sur la rive. Ainsi le moteur ne sert pas à rouler sur les routes habituelles mais à s’extraire vers un ailleurs.

Dans ce cas, le tronc d’arbre en hauteur est ce que j’appelle  » une idée-limite pour la connaissance ». J’ai piqué le terme à Farrugia ou à Rastier, je ne sais plus.

C’est une idée qui paraît un peu folle comme ça, mais qui permet de tirer des fils là où on ne pourrait pas les faire apparaître autrement, et de progresser le long de ces câbles, même en terrain difficile. Cela permet à la pensée de découvrir de nouveaux schémas et d’explorer de nouvelles contrées.

Pourquoi ce titre   » Le cercle bleu  » ?

C’est pour faire antipode au titre  » Si brièvement soient-elles » (Qui n’est pas :  » Si brèves soient-elles », je le souligne. Le  » elles  » fait référence aux étincelles abandonnées.), lequel est du côté du temps et du mouvement. Le cercle bleu, c’est la forme bien identifiée depuis les solides de Platon, les choses comme on les aime, qui correspondent à leur mot, le petit doigt sur la couture du pantalon.
Sauf, bien sûr, que lorsqu’on dessine un cercle, les points éparpillés, là où les grains de graphite tombent entre les fibres https://aucoeurdesfibres.wordpress.com/  du papier, et le centre on ne sait trop où, dans le trou de la pointe du compas.
Mais dire ça d’un cercle bleu, c’est du vice, non ? Nous avons besoin de pouvoir feindre de croire que ce cercle parfait existe, parce que nous avons besoin de le dire. Mais pourquoi avons nous besoin de le dire ?

Un mot à propos des sous-titres donnés au blog au cours du temps.

  •  » Sex, drugs and metalepses  » fut bien sûr une coquetterie.
  •  » Brièvement, entre les choses, puis abandonnées « , faisait référence au fait que nous oublions certains moments de notre pensée, ils sont effacés, mais qu’ils sont toujours  » entre  » les choses.
  •  » Spoilers included  » renvoie à une précaution que les auteurs de récit  de fan-fiction écrivent en tête de leur récit, à l’adresse de leurs lecteurs. La politesse a pour but de prévenir le lecteur que ce récit renvoie à une autre histoire (livre, film, série télévisée…), et notamment à certains épisodes de cette série, que le lecteur pourrait ne pas avoir vus.
Ainsi, la lecture du présent récit de  » fan fiction  » risque de lui gâter (spoil) le suspense.
Le précédent sous-titre était  » Si je savais où j’allais, je ferais immédiatement demi-tour ».
Formesens appartient à une galaxie de blogs que j’ai regroupés sous une bannière titrée La Patxaran.
la Patxaran.jpg
Oui, c’est également le nom d’une boisson alcoolisée fabriquée au Pays Basque 🙂
La Patxaran regroupe les parties de ma production qui sont plutôt en rapport avec les aspects  » théoriques  » de ma pensée. L’autre partie est représentée par ce qui est expression  » artistique « . Ces derniers aspects  sont moins ouverts au public.
(1) Sans motif ni préavis, dans la nuit, fin mars 2017, et sans un mot d’explication malgré mes demandes répétées depuis. Quand on pense qu’en Chine, la police se donne la peine d’inventer un motif bidon quand elle kidnappe un dissident, ça vous donne une idée de l’ampleur de la catastrophe Google en termes de dictature.
(2) Or l’inévitable se passe de justificatif.  Et c’est bien là tout le problème : Examiner, inévitablement à l’aide du langage, l’outil qu’est le langage, par lequel nous pensons, en grande partie, et ce dans le but de détecter dans quelle mesure le langage nous empêche de penser, voilà un défi.
Il reste cet espoir laissé par le  » en grande partie ». On sait en effet qu’il existe des modes de pensée conscients (expression artistique ou inconscients (rêve) qui se passent du langage articulé. Mais leurs champs ne sont reliés actuellement que par la critique artistique, par l’interprétation des rêves, ou par des modes mixtes que sont la narration (fiction et médiation culturelle) ou la cure psychanalytique.
Je me plais à penser qu’il existe une voie  » discursive  » qui cheminant par bonds, et pourtant sur une crête, hors de toute carte établie, dessine un chemin qui va, aussi, là-bas.
(3) C’est d’ailleurs un pilier de la doxa qui fonde l’aspect mathématique du structuralisme, la loi de composition est interne. Je survole pas mal d’ouvrages dont le contenu peut se résumer à  » J’appelle X la combinaison de Y et de Z « , X, Y et Z étant des néologismes plus ou moins graves.
Ce n’est pas parce qu’un néologisme est  » faible  » qu’il n’est pas  » grave « . On peut utiliser le mot  » esprit « , archi-usé, pour faire toute une théorie qui n’aboutira nécessairement qu’à tenter de faire comprendre in fine ce qu’on entendait par là à l’origine. Cela a l’avantage de faire participer les incultes à une belle croisière à thème philosophique, mais il vaudrait mieux lire les autres. Peu d’intérêt à réchauffer des ragouts sous le nom de nouvelles recettes, de reprendre de vieilles paroles sur des airs nouveaux. La mode du  » cover  » s’étend à la pensée entière.
(4)  » Je cogite éperdument pour qu’il y en ait de nouveaux comme ça. C’est sans doute de ne pas moi-même y atteindre. Plus on est de saints, plus on rit. C’est mon principe. Ça pourrait être la sortie du discours capitaliste. Mais ça ne constituera pas un progrès si ça ne se passe que pour certains « .
J. Lacan

Bien sûr, puisqu’on  » y  » atteint jamais. Mais on peut toujours ajouter un barreau à l’échelle.

(5)